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Storytelling to Heaven

S’interroger sur le rôle des réseaux sociaux dans une situation où une catastrophe nucléaire au Japon se superpose à un tsunami, un tremblement de terre, un mouvement révolutionnaire panarabe, le tout sur un fond de crise économique, de montée de l’extrême-droite en Europe, et plus particulièrement en France… C’est tenter de revenir vers ce qui nous unit, au-delà de ce qui nous divise. De dépasser ces récits qui nous séparent, pour retrouver notre histoire commune.

On peut s’étonner du rôle moteur des réseaux sociaux dans les révolutions arabes, dans la gestion des crises, pour la propagation de l’information, mais aussi pour l’entraide – comme en Indonésie, où Twitter a joué un rôle majeur dans l’acheminement des ressources vers les zones sinistrées autour du volcan Merapi.

Mais c’est oublier ce qui fait la force et le caractère unique, dans l’histoire, des réseaux sociaux. C’est oublier que ce que l’on échange avant tout sur les réseaux sociaux, comme Facebook et Twitter, ce ne sont pas des informations. Nous ne sommes plus à l’ère des « autoroutes de l’information » et cette expression, aujourd’hui, a terriblement vieilli.

Non, ce que l’on s’échange sur les réseaux sociaux, ce sont des émotions.

Des joies, des rires, des peines, des indignations, des peurs, des angoisses, des énervements, des haines, de l’amour…

Le désespoir d’un petit vendeur de fruits et légumes de Tunisie devient le nôtre. Le courage des « samouraïs » de Fukushima devient notre courage. Les peurs des habitants de Tokyo deviennent nos peurs. La colère d’un Français qui s’indigne devant les résultats des élections et trouve 140 caractères pour le dire, devient notre colère. La préférence d’un autre pour Tiffany, Stéphanie ou Fanny, dans une émission de télé réalité comme Top Chef!, devient notre préférence.

Nos émotions deviennent collectives.

Les réseaux sociaux sont des amplificateurs d’émotion, des moteurs à empathie.

Il ne s’agit pas, comme on l’entend parfois, d’une poussée subite de narcissisme ou d’égocentrisme, mais bien au contraire d’un partage.

Que faire de ce constat ? D’abord, relire Damasio, qui nous apprenait dès 1994 dans son ouvrage fondateur, « L’erreur de Descartes », que nos émotions sont le moteur caché de toutes nos décisions. Individuelles et vraisemblablement collectives.

Ensuite, que l’influence – parce que c’est notre métier – n’est plus une affaire d’information, mais de sentiments. Plus une affaire de communiqués, mais d’histoires. Des histoires qui s’écrivent parfois avec un grand « H ». L’ère des réseaux sociaux est aussi celle du Storytelling.