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Dieu est sur Twitter, ah la vanne

 

copyright Laetitia Attali

Beaucoup d’entre vous ne peuvent plus se passer de #jeudiconfession sur Twitter, d’autres se rendent  quotidiennement sur Facebook avec une dévotion totale, d’autres encore considèrent Internet comme un sacerdoce. Bref, nous avons tous plus ou moins développé des « rituels 2.0 » ces dernières années.Nul besoin d’en rajouter dans les métaphores clichés pour prouver à quel point le champ lexical du religieux est régulièrement convoqué pour décrire les nouveaux usages d’Internet. Mais quid de la présence de la « vraie » religion sur Internet et les réseaux sociaux ? Paraitrait qu’elle prend un tournant numérique… Décryptage.

Un constat d’abord : la sociologie des religions nous apprend que la jeune génération ne s’est jamais aussi peu tournée vers le culte et la croyance. Mieux, elle s’identifie plus à son usage des nouvelles technos (digital natives) qu’à la pratique religieuse… Paradoxe des temps modernes ! Internet serait donc une nouvelle religion pour ceux qui ne croient plus. Mais qu’en est-il des jeunes qui croient encore ? Potentiellement, ils ont la capacité de mettre à profit leur facilité pour les nouvelles technologies et ainsi donner de la visibilité à leur religion et échanger avec leurs pairs.
Prenez les JMJ par exemple, qui se sont déroulées en août dernier. Si pour vous, comme pour moi, les JMJ ne se résument qu’à des chants prônant l’amour et le respect entonnés à la guitare sèche par des jeunes gens chastes et bien peignés autour d’un feu, c’est que vous êtes passés à côté de la croisade des jeunes cathos sur Internet. “Jésus Pokes You”,  “Vous allez revenir avec 1 500 000 nouvelles demandes d’amis » sont des verbatims de la campagne de com’ des JMJ qui a décidé de sonner djeun’s et de s’attirer les faveurs de la génération connectée. Inutile de vous parler des légions de pages Facebook et de comptes Twitter créés et dédiés à l’événement…

Car les réseaux sociaux sont le nerf de la guerre religieuse sur Internet et l’Ami Mark Z. a su entrainer dans son sillage de nombreux apôtres. La version juive orthodoxe de Facebook vient ainsi de faire son apparition. Nommée FaceGlat ,  une contraction de Facebook et de glatt, qui signifie « hautement casher », elle réunit pour le moment 2 000 inscrits. Toutefois, si vous comptiez choper, c’est raté. Le réseau respecte scrupuleusement les préceptes moraux de la religion : les mecs d’un côté, les filles de l’autre ! Un an auparavant, ce sont les frères musulmans qui se lançaient à l’assaut des réseaux sociaux  avec IkhwanBook, destiné à promouvoir l’islam modéré.  Alors que le réseau social aurait pu prendre une place de choix dans le contexte des révolutions arabes, il est resté confidentiel et n’a pas fait le poids face au succès incontestable de Facebook, considéré par beaucoup comme l’un des principaux adjuvants de ces révolutions.
Mais les rois du Web, ce sont les mormons. La communauté ultra fermée qui revendiquait treize millions de fidèles dans le monde en 2007 (une broutille par rapport aux 1,3 milliard de musulmans ou aux 800 millions d’hindouistes dans le monde) est pourtant la plus présente et active sur Internet. Tout récemment est né mormon.org, le réseau social à succès qui lorgne du côté du site de rencontres. Une jolie et fraîche mormone de 19 ans peut ainsi entrer en contact avec un jeune homme de son âge, son sexe, et sa religion… Ce joli couple pourra ensuite se rendre sur les très nombreux sites dédiés à la communauté et s’abonner à l’un des nombreux comptes Twitter pour entrer en communion avec des milliers d’autres followers. Elle est pas belle la vie ?

Et au fait, vous saviez que Jésus est une star sur Facebook ? Le bonhomme réunit plus de 8 millions de fidèles sur « sa » page  Jesus Daily. Justin Bieber ou Jim Morrison peuvent aller se rhabiller. Si vous êtes plutôt du genre polythéiste, vous pouvez aussi suivre Ganesh qui vous envoie tous les jours des paroles d’amour et de tolérance dans un pur esprit Goa seventies. Point de guerre de religions pour autant. Tout ce petit monde coexiste tranquillement dans un pur esprit œcuménique.

Alors, conclusions ? Contrairement aux idées reçues, Internet et Religion font plutôt bon ménage. Internet fait office de formidable caisse de résonance et prouve sa capacité à faire la lumière. Et comme souvent, ce ne sont pas les autorités religieuses qui gèrent le mieux la présence et l’engagement de leur culte en ligne, mais bien des croyants isolés qui par dévotion vont prêcher la bonne parole de par les flux.

Plus inquiétant, le pouvoir et la visibilité conférés à la religion par les réseaux sociaux et Internet  font naître des disproportions potentiellement inquiétantes. En ce sens, la visibilité acquise par l’église mormone qui, pour moi, renvoie à une certaine Amérique un peu glauque, à la limite du sectaire (ces propos n’engagent, encore une fois, que moi)  peut-être discutable…

Comme toujours sur Internet et plus que jamais, il est donc nécessaire de séparer le bon grain de l’ivraie. Sans jeter l’anathème sur la présence de la religion sur Internet, il s’agit là d’être particulièrement attentif et de ne pas cautionner certaines initiatives qui, sur la base du lol, se révèlent « limites », comme en témoigne le récent buzz autour de l’application iphone juif pas juif.