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Without information, are we nothing ?

Cela fait plusieurs mois que Laurent nous parle de la grande étude sur les nouvelles pratiques de consommation de l’information des français sur laquelle il travaille à l’Express. Alors forcément, quand il nous annonce hier qu’elle est sortie, ni une ni deux, on s’est plongé dans la soixantaine de slides de synthèse. Et force est de constater la richesse du travail qui réussit à dresser un état des lieux du rapport des français à l’information. Vaste programme, et pourtant, l’étude est étonnamment facile à prendre en main. Son point fort : elle donne à voir autant qu’elle analyse. En s’appuyant sur l’expérience #mediadeath qui consisite à priver d’information durant 24h des étudiants de Sciences Po et du Celsa, l’Express et Iligo nous font entrer dans les coulisses de l’étude. Une approche web-docu au doux accent de télé-réalité qui cristallise une des conclusions phares de l’étude : l’émergence croissante d’une « dépendance » à l’information. Omniprésente, protéiforme, toujours plus accessible, répondant à des besoins variés, l’information ne cesse d’évoluer et s’impose de plus en plus comme un élément essentiel du lien social à française.

Car derrière la série de données qui prouvent (s’il le fallait encore) que 1- non, le print n’est pas mort et 2- oui, nous accordons de plus en plus de temps à la consommation de média ; c’est avant tout la corrélation dépendance à l’info/intégration dans le corps social qui retient toute notre attention.

L’infopium du peuple

97% des français s’informent quotidiennement
72% s’informent plus qu’il y a 5 ans
30% ne peuvent pas passer une journée sans s’informer

Là encore ces stats sont parfaitement illustrées par l’expérience #médiadeath qui montre clairement l’état de manque quasi-physique des cobayes privés de presse, télé, Internet et radio. Même si  ces derniers sont pour le coup des addicts hyperconnectés qui assument leur boulimie pour mieux affronter l’infobésité, l’expérience met en scène une dépendance croissante à l’info qui touche toute la population française et s’explique par plusieurs facteurs :

  • la digitalisation des contenus qui inscrit plus que jamais l’information dans le temps réel et nous plonge dans une urgence médiatique. Ou comment consommer de la news à vitesse grand V pour mieux « suivre le monde »
  • la multiplication des médias qui provient également de l’essor des médias Web (sites d’info, blogs, réseaux sociaux) mais pas uniquement. L’explosion de l’offre des magazines print et du bouquet de chaine de télévision (ne serait ce que grâce à la TNT) met à disposition une offre média toujours plus vaste. L’impact est sans appel : 40% des français sont en contact avec 4 médias par semaine
  • l’émergence du multitasking qui consiste à combiner la consommation de média avec une autre activité (parfois même la consommation d’un autre média) et permet donc dans un laps de temps donné de multiplier par deux ou trois sa consommation média. Exemple : je mange devant la TV tout en checkant mon compte facebook sur mon smartphone. Multitask.

Je m’informe donc je suis
Expérience #médiadeath toujours : au-delà de l’état de manque dont pâtisse les cobayes, c’est la solitude extrême dans laquelle ils sont plongés qui nous marque. Fait intéressant, même s’ils reconnaissent qu’être privés de smart phone n’est pas bien pratique pour gérer sa vie sociale, c’est avant tout l’ennui, un sentiment de solitude et d’isolement social très fort dont ils nous font part. « Priver médiatiquement ce groupe, c’était non seulement les priver d’une monnaie d’échange sociale mais aussi toucher une part d’intime ».
S’informer s’est donc avant tout prendre prise sur le monde : nous recherchons l’information pour mieux comprendre l’actualité, pour prendre des décisions, pour échanger avec autrui ou pour nous divertir… Mais dans tous les cas, le besoin de s’informer permet de se réaliser en tant qu’individu et de se situer dans le groupe. Véritable nourriture de l’esprit, l’information « rythme nos temps sociaux »,  aide à s’inscrire et à trouver sa place dans le corps social et s’avère nécessaire pour affirmer sa singularité, quelque soit la situation donnée (professionnelle, personnelle, récréative…).

L’altérité, levier d’influence
Une des conséquences logiques de cette imbrication consommation d’information / affirmation sociale est le besoin de se confronter à l’opinion. Plus que l’information froide et uniformisée, nous sommes à la recherche de points de vue dissonants, capables de nourrir la discussion ou d’affûter un regard. Chez les jeunes, le phénomène est d’autant plus marqué, il balise le terrain de jeu de la discussion. De la cours de récrée au wall Facebook, l’altérité  est un critère clé de la construction de sa réputation. Réputation qui reconnecte au social : dans un monde où information et conversation sont intimement liées, la valorisation de l’information passe par notre capacité à partager le contenu et à le porter à différentes communautés.
Cet angle d’approche à lui tout seul suffit à justifier la place centrale de l’engagement par l’histoire. Au cœur de cette démarche de storytelling – ou info-telling lorsque la marque est aussi média – la nécessité de jouer sur l’altérité passe par la mise en scène de l’information  et ce, qu’elle soit « marketing » ou plus proprement médiatique. Qui sait, je n’aurais peut-être pas eu l’envie ou le courage de rédiger cet article si je ne m’étais pas reconnu dans les cobayes de l’expérience #mediadeath et si je n’avais pas souffert pour eux. Reste que « dans une économie de l’attention ce qui compte n’est plus seulement le temps passé sur un canal d’information mais l’engagement de l’individu sur celui-ci ». Et au final – confidence pour confidence – peu m’importe de savoir que 97% des français consomment quotidiennement de l’info, réaliser les implications de ma dépendance à l’info, en revanche… Engagement on vous dit.