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Tweeting ’bout a revolution

Ironie du calendrier : alors que je m’interrogeais dans un précédent édito sur la difficulté des réseaux sociaux à soutenir l’engagement citoyen et politique en France (malgré une force de frappe potentielle à faire fantasmer plus d’un adepte échevelé du Che…), la Tunisie nous fait sa révolution.
Voilà plus d’une semaine que les gros titres se succèdent dans la presse et s’accordent sur un point : cette révolution de jasmin serait….fondatrice, exemplaire ! La première dans l’histoire à parvenir à déstabiliser un régime dictatorial grâce à Facebook notamment.

Une nouvelle donne, un nouveau monde ?
Un monde où Facebook se départit de sa futilité légendaire, où les photos de profils « duck face » laissent place à de fiers drapeaux, où les walls deviennent les réceptacles et relais de vidéos et d’infos sur les manifs, où les groupes structurent le mouvement d’opposition à Ben Ali.
Un monde au sein duquel l’ « écosystème digital » fonctionne à plein régime : où les twittos de tous pays et de toutes les couleurs ont dans le cœur le bonheur des Tunisiens (oui, oui, hommage furtif à Enrico Macias) et relaient, via Twitter, des news en simultané.
Un monde où les illustres hackers d’Anonymous lancent une attaque massive et générale sur les sites Web du gouvernement tunisien.
Un monde où un jeune blogueur, Président du Parti Pirate Tunisien, obtient le poste de secrétaire d’Etat à la Jeunesse.
Bref, un vrai rêve de digitaleux qui prend forme !

Rêve ou réalité ?
Même s’il est indéniable que ces événements feront date, il s’agit, dans la période d’emballement actuelle, de prendre (un peu) de recul sans verser pour autant dans un scepticisme systématique et mal à propos.
S’il est indéniable que les réseaux sociaux ont joué un rôle fondamental, Facebook n’a pas « fait tomber le régime » comme l’ont laissé entendre certains raccourcis récents. Alors que nombre de blogueurs dénonçaient, dans un rigoureux travail de sape, Ben Ali depuis des années, affirmer que Facebook, du jour au lendemain, a fomenté la révolution, révèle une méconnaissance aigue de la situation… Accordons-nous toutefois avec Fabrice Ebelpoin, éditeur de ReadWriteWeb francophone, sur le fait que « Facebook a été l’outil de support opérationnel à la révolution Tunisienne ». Véritable clef de voute, le réseau de Mark Zuckerberg s’est rapidement mué en garant de l’efficacité du mouvement, de sa coordination rapide. Difficile d’imaginer une telle rapidité et un tel impact dix ans plus tôt…

De l’importance de la temporalité dans cette révolution….
Après des années de maturation, de mini-révoltes, de soubresauts, les jeunes tunisiens, poussés par la mort de Mohamed Bouazizi, symbole tragique et figure tutélaire de toute une génération, ont bien compris que c’était LE moment.
Et c’est ainsi que ces jeunes ont été capables de transcender l’usage de Facebook, d’y faire pénétrer la cohésion, l’engagement, parce que c’était eux, parce que c’était ici. Dans ce pays qui compte 2 millions d’utilisateurs de Facebook et où l’infrastructure Internet est particulièrement développée, le contexte de foisonnement et de maturation s’est montré favorable. Sur Facebook comme dans la rue, les tunisiens ont transformé l’espace public en espace de liberté, bravant les répressions de la police de Ben Ali, particulièrement rodée à la traque digitale.

Ici et maintenant….Mais demain ?
Désormais se pose la question de la pérennité et de la potentielle duplication de ce mouvement à d’autres pays arabes alors même que le sujet s’englue actuellement dans la sphère réelle et politique.
Le web n’aura-t-il été qu’un point de départ ? Un outil qui aura donné de l’impulsion ?
Quant aux jeunesses d’Egypte et d’Algérie et les groupes Facebook qui fleurissent pour « faire la révolution comme en Tunisie », ne risquent-elles pas d’être déçues en constatant que leurs tentatives de révolutions à elles, prendront forcément un tour différent, sans nul doute, moins spectaculaire?

Seul l’avenir nous le dira….

Quoiqu’il en soit, dans le présent, cette optimisation des réseaux sociaux, cet enchevêtrement exemplaire du off line et du on line par une jeunesse passionnée me laissent rêveuse.

Photo : Agence Reuters Zoubeir Souissi