L'auteur

Victor a intégré le pôle éditorial d’Ogilvy PR en décembre 2009. Ses missions : la veille, la rédaction et la création de contenus dans une démarche d’influence et de storytelling. Parmi ses clients, IBM, pour qui il réalise THINK, une revue de réflexion périodique à destination des décideurs, FM Global, pour qui il a créé la version française de Touchpoints, une plateforme web d’expertises et d’échanges sur les enjeux des risques industriels, et la Caisse d’Epargne Gestion Privée, pour qui il assure la rédaction en chef de plusieurs supports d’information (magazine trimestriel B-to-C, site web avec ITWs vidéo, recto-verso thématiques, etc.).
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Print me up, before you go-go

Ca y est.
Le Web a gagné.
Il ne lui aura fallu que 20 ans pour s’imposer comme LE média dominant.
Pour la première fois cette année, il a supplanté le « papier » pour sa fonction informative. Selon le Pew Research Center (dans son State of the News Media 2011), 46% des Américains vont chercher leurs infos sur Internet, contre 40% via les journaux.

So, is print (really) dead?
Le débat ne peut amener que des réponses contrastées.
Oui, il y aura de moins en moins de journaux/magazines imprimés. Le futurologue Ross Dawson, en prenant en compte des facteurs globaux comme l’évolution technologique ou les coûts croissants de l’impression, prévoit même que d’ici 2040, plus aucun pays dans le monde n’aura de journaux papiers, tels qu’on les connaît aujourd’hui.
Non, l’information sur papier ne disparaîtra pas. Car un magazine ça se lit à deux mains… et demain ne meurt jamais. Trêve de (mauvaise) plaisanterie.
L’information sur papier existera toujours car elle correspond à des habitudes et à des besoins de lecture ancrés durablement dans notre ADN. La grande étude menée par l’Express sur les nouvelles pratiques de consommation de l’information des Français le prouve. La digitalisation des contenus inscrit plus que jamais l’information dans le temps réel et nous plonge dans une urgence médiatique. Or il existe une demande latente de supports de synthèse, de filtre, de slow news, capables de faire murir l’information : 76% des personnes interrogées se sentent submergées par l’information, 65% sont à la recherche d’approfondissement, de prise de recul. D’ailleurs, malgré le fast news, la majorité des Français (62%) s’informent via des sessions longues (+ de 10 minutes). Et on remarque que ces derniers sont à 81% des lecteurs de presse magazine, juste derrière les téléspectateurs (83%) mais surtout devant les internautes (66%). On peut aussi citer l’enquête Epiq 2010 qui montre que 23 millions de Français lisent chaque jour un quotidien (papier), un chiffre stable par rapport à 2009 (-0,3%) et en partie due à l’explosion des gratuits (20 minutes cumule 2,7 millions de lecteurs, soit 33% du lectorat). Autre enquête, même conclusion. D’après une étude du Print Measurement Bureau canadien, les 12-24 ans, loin de bouder les magazines, en lisent presque autant que le reste de la population: 3,6 numéros par semaine (contre 3,8 au niveau national, tous âges confondus).

Print will survive
Au-delà de cette question, il est intéressant de voir que le « digital » a, aujourd’hui, besoin du « print ». Il s’en inspire même de plus en plus.
Si le cas de figure inverse n’a plus besoin d’être démontré – même l’objet « livre » s’y met (Les Editions du Seuil, via leur filiale nommée Point 2, viennent de lancer un nouveau format, horizontal, avec des pages qu’on lit de haut en bas, comme sur un écran), la « papierisation » du Web est, étonnamment, une tendance à ne pas sous-estimer.
Même Google, le symbole ultime de l’Internet, s’y met ! Avec Think Quarterly, un magazine trimestriel lancé la semaine dernière par la branche UK de la firme, Google se lance dans la production éditoriale. Et pas n’importe comment, pas avec un blog ou tout autre format « révolutionnaire ». Non non, avec un M-A-G-A-Z-I-N-E : 68 pages, un sommaire, une maquette presse, un design épuré avec beaucoup d’espaces blancs, d’illustrations, des grandes photos, etc.
Certes, ce magazine est uniquement disponible sur un site dédié, consultable en plein écran, mais il est possible de l’imprimer. Et surtout il se définit comme « un bol d’air frais dans un monde qui s’affaire ». En effet, Matt Brittin (Managing Director, UK & Ireland Operations, Google) explique, en bas de la (home) page, que « nous avons tous besoin de temps pour réfléchir. Think Quarterly est un espace de respiration dans un monde de vitesse. C’est un endroit pour prendre le temps et regarder ce qui se passe, comprendre en quoi c’est important. »
Car sur le Web nous surfons, nous butinons, nous zappons. Sur le papier, non seulement nous ne nous cramons pas les yeux, mais nous lisons, nous observons, nous réfléchissons. La revue trimestrielle Usbek & Rica, lancée à l’été 2010, est ainsi construite en contraste avec le flux du web : un magazine en papier mat et épais de plus de 150 pages, payant (15 euros), sans pub, avec des articles de plus de 15 000 signes, vendu uniquement en librairie. En d’autres termes, un magazine-book, ou « mook » (une expression venue du Japon), qui permet de s’extraire du temps réel et de retrouver le sens du récit, la profondeur de l’information.
Autre exemple de « papierisation » du Web : le site australien Concrete Playground, dédié à l’art et à la culture, lancera en mai un trimestriel gratuit… pour se faire de la pub. « C’est un moyen beaucoup plus intéressant et séduisant de faire parler de nous qu’une campagne d’affichage massive », a expliqué son directeur, l’ex-publicitaire Richard Fogarty à AdNews, avant d’ajouter « pour moi, une publication bien réalisée, tactile et tangible reste quelque chose d’incroyablement efficace ».

Si jamais vous n’êtes toujours pas convaincu, si vous n’avez plus feuilleté un magazine depuis la mort de L’Événement du jeudi, vous pourrez toujours réapprendre à les utiliser avec cette étonnante illustration d’un artiste américain pour le distributeur de magazines indépendants Stack America.