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Out of time man

24h après avoir appris la mort de Steve Jobs, les panégyriques continuent de se succéder dans les médias respectables et la « fail whale » s’est retirée de Twitter après avoir été contrainte de refaire une courte apparition vu l’avalanche de tweets qui ont suivi l’annonce. Une fois de plus, les réseaux sociaux ont joué pleinement un double rôle : celui de caisse de résonance, de propagation fulgurante de l’information et celui de catalyseur à émotion. Cette combinaison donnant à voir, par la somme des millions de signes de sympathie, l’émotion mondiale que suscite une telle nouvelle.  Des millions de personnes regrettent publiquement le départ d’un visionnaire, dont les grands acteurs du Web qui rendent tous hommage au « génie » Jobs.  Mark Zuckerberg a ainsi rapidement réagi sur son wall : « Steve, merci d’avoir été un mentor et un ami. Merci d’avoir montré que ce que tu as construit pouvait changer le monde. Tu vas me manquer. », quand Google mentionne humblement, en dessous de la barre du moteur de recherche, « Steve Jobs, 1955 – 2011 »

Un évènement marquant de la courte histoire du Web  qui nous invite une fois de plus à nous projeter dans le temps long. Tous les papiers publiés et les prises de paroles d’internautes insistent sur toutes les étapes du parcours atypique de l’homme au coll roulé noir : le hacker fou dans son garage, l’inventeur du premier ordinateur grand public à remporter un succès commercial, l’homme qui a révolutionné le dessin animé, puis l’écoute de musique, la distribution des biens immatériels, notre rapport à la mobilité… Et j’en passe.

Une « suite logique » d’un décès de personnalité qui me fait penser à ce que nous disait  Laurent, il y a plus d’un an : « Au milieu de nos flux, échanges, se pose la question de l’historicité. Ce système qui doit permettre de déterminer à coup sûr qu’un événement a vraiment eu lieu. Dans dix ans, qui contrôlera ce fameux sens de l’histoire ? Qui pourra nous dire facilement et de façon autoritaire qu’un événement ou une personne est plus crédible ? »

A l’heure du temps réel, de l’hyper information et d’une supposée accélération de l’histoire, il est peut-être temps de prendre de nouveaux automatismes. Replongeons-nous dans le vieux. Entendez par là la source ancienne, l’idée qui reste pertinente même si elle date de 2007, le tweet d’un autre temps, le statut qui nous fait sourire de nostalgie. Arrêtons de vivre en apnée dans un monde qui fuit en avant à cheval sur l’innovation.

Notre métier est de faire parler, de laisser des traces, de construire l’engagement et de susciter la conversation. Autant de notions qui vivent difficilement dans un temps compressé. Le concept même de relation, qu’elle soit publique ou privée, implique une temporalité importante. Il n’est pas de relation mémorable sur une courte durée. Plutôt que de prendre un « pas de recul » ou de la « hauteur » pour mieux penser notre métier, essayons au moins une fois de nous retourner.

Regardons en arrière. Et n’attendons pas la mort d’un visionnaire pour le faire.