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Ô Canada, terre de nos twitteux ?

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Vote by Dean Terry (http://www.flickr.com/photos/therefore/)

La 41ème élection fédérale canadienne est lancée depuis près de deux semaines et les électeurs canadiens sont appelés aux urnes le 2 mai.  Expatrié depuis peu, ce sera la première campagne au cours de laquelle je n’aurai d’intervention directe.  Il s’agit également de la première campagne ouvertement présentée comme « social media » de l’histoire canadienne.

Un contexte politique unique

A l’instar de l’Angleterre, le Canada est une monarchie parlementaire.  En gros, le chef d’État est la Reine Élizabeth II (représentée par le Gouverneur Général) et le chef du gouvernement, le Premier Ministre, est choisi parmi les élus du groupe majoritaire à la Chambre de Communes.  Le rôle donné au Gouverneur général est surtout superficiel et l’essentiel du pouvoir repose dans les mains du Premier ministre, pouvoir lui-même octroyé par la Chambre des communes, seul organe élu.  Depuis 2004, sur 4 appel aux urnes, les canadiens se sont contentés d’élire 3 gouvernements minoritaires de suite : 1 libéral (2004) et 2 conservateurs (2005 et 2008). Or, quand aucun parti n’est majoritaire, le risque d’être en élection est perpétuel.

Une participation faible…

Comme en France lors des dernière cantonales, le taux de désaffection est plutôt élevé.  Le taux de participation est passé en dessous des 70% dès 1993 pour atteindre une déchéance à 58,8% lors de la dernière élection générale canadienne en 2008.  Les médias ont beau à chaque nouveau scrutin rappeler que celui-ci est le plus important ,  le taux  dégringole.  Mais un taux qui dégringole, c’est surtout des gens qui ne vont pas voter, ne serait-ce que pour exposer leur dédain. Si ces gens sont révoltés, ils le font de manière tacite, sans y mettre le moindre effort.  A qui la faute ? Aux politiques ? Aux citoyens ? Aux médias ? Aux institutions ? Probablement à tous ces gens. Mon objectif n’est pas d’y répondre ici…  Je souhaite plutôt mettre de l’avant quelques éléments de cette campagne qu’on espère « sociale ».

Ô Canada, Terre de nos Twitteux ? Pas vraiment …

Jusqu’à présent, on ne peut pas dire que cette campagne soit très 2.0.  A mon avis, Twitter joue dans cette campagne le rôle d’un  « Glorified RSS feed ».  On retweete des articles de journaux favorables, ses communiqués ou ses discours.  On commence à suivre à qui mieux mieux sans se poser les bonnes questions avec un compte qui redeviendra inactif une fois le scrutin passé. Pourtant, cette élection on l’avait vue venir : depuis le dernier scrutin, le parlement pouvait renverser le gouvernement à tout moment et, dans ce contexte, les médias sociaux étaient annoncés comme le nouveau moteur de sortie de vote.

Même ceux qui étaient sur le réseau depuis un moment se font prendre au jeu.  Denis Coderre, l’homme au meilleur Social media score, m’a bluffé en twittant des communiqués de presse ennuyeux à mourir.  Heureusement, il continue à parler de hockey, sa marque de commerce. N’empêche, on sent que le bonhomme est en campagne.  Les conservateurs tirent leur épingle du jeu en dégainant plus vite que leurs ombres en ayant plusieurs comptes officiels et an adaptant bien les messages à leurs cibles, suscitant même des critiques sur un certain double langage, sans parler des allégations de comptes anonymes alimentés par des gens peu scrupuleux  (autre débat que nous aurons l’occasion d’aborder plus tard).  Dans un autre registre d’utilisation douteuse des médias sociaux, une histoire de profilage sur Facebook laisse songeur.

Il reste encore pas mal de temps avant la fin de la campagne, mais je doute que la tendance s’inverse : cette campagne ne sera pas sociale, même si elle utilisera toujours plus les médias sociaux.  On reste en push et les notions de conversations, d’engagement ou de crowdsourcing sont plutôt absentes.  Rien pour stimuler une vraie participation citoyenne, comme peut le faire la chanteuse canadienne Nelly Furtado qui a changé son avatar pour un « Vote May 2nd » et qui relaie les procédures d’inscription à ses followers.

Il n’en demeure pas moins que le « peuple » tend à s’exprimer sur Twitter, notamment avec différents Hashtags:  #elxn41 #fed2011 #elections2011 #cdnpoli (le hashtag de la politique canadienne).   J’ose espérer que les politiques canadiens consultent et analysent ce qui se passe sur Twitter.  C’est, plus que jamais, la chance d’avoir un focus group en temps réel. Pourtant, comme le souligne la chroniqueuse Chantal Hébert, le « danger d’une campagne à deux vitesses avec la classe politique, la presse parlementaire et l’électorat le plus engagé à l’égard de la politique qui s’isolent ensemble dans une bulle virtuelle plus ou moins hermétique au rythme et à la réalité du terrain » est bien réel.  Espérons que ce ne sera pas un vacuum mais plutôt un émulateur.  Les résultats le 2 mai prochain!

Des ressources pour la campagne sur Twitter :

Les comptes des chefs analysés selon les mots employés, l‘évolution de leur followers, ou encore le moment de leur adhésion à Twitter.

L’ultime ressource pour tout savoir des comptes partisans canadiens:  http://politwitter.ca/

Des initiatives inusitées:

Le site Leadnow.ca, inspiré de ce que MoveOn.org avait fait en 2008 pour l’élection présidentielle US

Le site Swing33.ca qui permet d’identifier à quel candidat faire des dons pour défaire le parti conservateur

La campagne Catch22 et celle de PairVote qui permettent de voter stratégiquement afin de favoriser son parti préféré et « échanger » son vote avec un bassin d’électeurs de manière à ne pas « gaspiller » son vote.

Ces initiatives restent dans un flou légal mais ne sont pas formellement interdites par Élections Canada.