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Ô Canada, terre de nos twitteux ! (la suite!) #tweettheresults

Lors d’un précédent billet, j’ai fait une amorce d’analyse de l’utilisation de Twitter dans le cadre de la campagne pour l’élection fédérale canadienne, scrutin qui a eu lieu le 2 mai dernier. Vu mon éloignement géographique, j’ai dû user de stratagèmes (et ne pas dormir beaucoup) pour suivre les résultats, mais aussi du nouveau iPad 2 de l’agence (je ne pouvais passer celle-là sous silence).  La campagne était annoncée comme la première où les médias sociaux allaient prendre de l’importance.  Ce fut presque le cas, mais pas de la manière dont on aurait pu l’espérer. Explications.

En vertu de la Loi Électorale du Canada, il est interdit de « diffuser prématurément les résultats d’une élection », soit avant que tous les citoyens aient eu le temps de s’exprimer.  La même logique s’applique en France où le coup de 20:00 est grandement attendu lors des élections présidentielles.  La différence, c’est que le Canada compte 4 fuseaux horaires et que les bureaux de scrutin ne ferment donc pas tous en même temps. Qui plus est, le mode de scrutin uninominal à 1 tour, jumelé au fait que le gagnant est déterminé par le nombre de circonscriptions gagnées fait que ce détail prend encore plus d’importance tout autre.  A l’ère des médias sociaux, tout citoyen utilisant ces derniers est donc, comme la radio ou la télé, concerné par cette interdiction. En 2000, un blogueur avait été condamné à une amende de 1000$ pour avoir divulgué les résultats avant la fin du crépuscule médiatique. Depuis, les horaires de votation ont été aménagées pour diminuer la durée mais il n’empêche que Élections Canada (DISCLAIMER: l’auteur de ces lignes a été consultant pour cet organisme) a réitéré : toute divulgation peut être passible d’une amende pouvant aller jusqu’à 25 000$. Sans toutefois mettre en place de moyens de surveillance.  Il n’en fallait pas moins pour inciter les microbloggers, en 2011, à contourner la loi : plusieurs ont parlé de censure, bien qu’elle n’ait durée que quelques heures. Un mouvement était en marche… (on a les révolutions qu’on peut!)

MISE À JOUR IMPORTANTE : Le gouvernement canadien a annoncé son intention de supprimer cette disposition de la Loi Électorale, par la voix de son secrétaire d’État à la Réforme démocratique, Tim Uppal)

No tweets allowed

source image:  http://www.flickr.com/photos/andrewjbrown

Un site a été mis en ligne (http://tweettheresults.ca/) (MAJ :  le site étant dorénvant indisponible, il est accessible via la Wayback Machine)  afin d’inciter les internautes à contourner la loi explicitement. Si le site a finalement été mis hors ligne durant les quelques heures du « blackout » médiatique, l’idée était lancée et rien n’allait arrêter les citoyens qui voulaient diffuser les informations, par ailleurs disponibles dans certains médias locaux. C’est ainsi que, dès 19h (1h du matin en France), les premiers tweets contenant le hashtag #tweettheresults ont commencé à apparaître (au Québec, on dit maintenant mot-clic). Si j’ai commencé à suivre ce flux purement pour voir si les gens allaient ou non l’utiliser et (un peu) pour pouvoir prendre le pouls des premiers résultats, j’ai vite constaté que le flux était incroyable dense et que, clairement, il se passait quelque chose.  D’un côté, des rigolos qui faisaient des blagues, des bribes de résultats (très) fragmentaires et de l’autre, un phénomène plus intéressant, des américains, britanniques et australiens qui s’offraient pour retweeter impunément les résultats, au nom de la liberté d’expression.

Rapidement, un tweet a fait sensation auprès des usagers de Twitter, au point d’être retweeté plus de 600 fois:

Évidemment,personne d’autre que l’auteur n’avait noirci les résultats et, étant situé à Vancouver, il n’avait certainement pas les bons. Néanmoins, le ton était donné et, le mot-clic allait rapidement devenir un trend national puis mondial (le jour de la mort d’Oussama Ben Laden, il fallait quand même le faire!). Soudainement, le monde découvrait qu’une élection au Canada allait changer la face du pays et que sa population contournait une loi à grande échelle.

Résumé ici par CTV (contient une entrevue avec Jay Rosen sur le sujet)

Trait d’humour que seul tumblr peut générer (merci à Alex Hervaud pour la trouvaille)

Pour mieux suivre l’historique de cette mini révolution canadienne, je vous laisse consulter ce fil Storify:

[View the story « The Great Canadian ‘Tweet-in' » on Storify]

J’ai parlé dans mon précédent billet de l’utilisation un peu limitée des partis et candidats durant cette élection.  Ni plus ni moins qu’un « glorified RSS feed », il est finalement devenu un vrai mode d’expression pour une part de plus en plus grande de citoyens. Ces derniers se sont exprimés tout au long de la campagne mais pas nécessairement pour parler de l’agenda prescrit par les partis ou les médias, comme le souligne avec justesse Michelle Blanc, en entrevue au journal le Soleil.

Incapable de dormir la nuit du 2 au 3 mai, j’ai eu du mal à suivre les conversations, tellement nombreuses. Bien sûr, ce n’est rien comparé au mariage royal ou à l’annonce de la mort de Ben Laden, mais qu’un pays de 26 millions d’habitants, dont seulement 200 000 possèdent un compte Twitter (actifs ou non), puisse générer ce volume de tweets sur une période relativement courte est hautement symbolique. Le tableau ci-dessous montre bien que ce ne sont pas les candidats qui ont parlé (283 tweets par 292 candidats) mais des individus, en leur nom, sur des enjeux citoyens. Le niveau de RT (retweet) élevé (plus de 50%) montre que c’est encore une minorité qui parle. Mais cette analyse ne tenant compte que des mots-clics relatifs à l’élection, il y a fort à parier que des conversations ont été mises de côté. Pour en avoir vu plusieurs moi-même, je crois que le volume réel est largement sous-estimé.Source : http://politwitter.ca/page/election_results

Cette première soirée électorale purement sociale (au sens large du terme) soulève de vrais enjeux et ouvre à de belles perspectives:

  • – Museler les citoyens ne marche pas. Le Printemps arabe en est une preuve, cette élection (à son échelle) en est une autre. Les lois électorales doivent s’adapter à ces nouvelles donnes, que ce soit au Canada, aux USA (2 pays avec des contraintes géographiques similaires), en France ou ailleurs. Dès lors qu’une information existe, il est carrément impossible de l’empêcher de circuler.
  • – Les citoyens ont clairement démontré leur intérêt envers les médias sociaux et les résultats électoraux. Si le taux de participation a été légèrement en hausse (de 58% à 61%), le taux d’expression a été décuplé. Cela se concrétisera-t-il par des actions citoyennes ? Les nombreuses campagnes officieuses d’appel au vote n’ont pas semblé obtenir un si grand écho après tout…
  • – Les nouveaux élus, si ce n’est déjà fait, doivent comprendre que les médias sociaux permettent l’échange, la conversation, le relai et une écoute en temps réel des aspirations des citoyens. Le temps des campagnes menées uniquement à coup de communiqués de presse et de visites dans les soupers paroissiaux est terminé. Ce ne sont plus les seuls outils. Les outils du web permettent une interaction, un travail en dentelle que je n’ai vu nulle part durant cette campagne.

En 2008, année de l’élection d’Obama et de la dernière élection canadienne, on avait souligné à quel point le web jouerait plus que jamais un grand rôle. A voir comment les partis canadiens l’ont utilisé en 2011, il y a encore un très grand pas à faire pour arriver au niveau d’excellence atteint par l’équipe de Blue State Digital aux USA. Le prochain grand rendez-vous électoral sera français, en 2012, avec la Présidentielle. Là encore, les stratégies seront scrutées à la loupe et devront être à la hauteur….  Vous pensez qu’ils y parviendront, cette fois ?

Lors d’un précédent billet, j’ai fait une amorce d’analyse de l’utilisation de Twitter dans le cadre de la campagne pour l’élection fédérale canadienne, scrutin qui a eu lieu le 2 mai dernier. Vu mon éloignement géographique, j’ai dû user de stratagèmes (et ne pas dormir beaucoup) pour suivre les résultats, mais aussi du nouveau iPad 2 de l’agence (je ne pouvais passer celle-là sous silence).  La campagne était annoncée comme la première où les médias sociaux allaient prendre de l’importance. Ce fut presque le cas, mais pas de la manière dont on aurait pu l’espérer. Explications.

En vertu de la Loi Électorale du Canada, il est interdit de « diffuser prématurément les résultats d’une élection », soit avant que tous les citoyens aient eu le temps de s’exprimer.  La même logique s’applique en France où le coup de 20:00 est grandement attendu lors des élections présidentielles.  La différence, c’est que le Canada compte 4 fuseaux horaires et que les bureaux de scrutin ne ferment donc pas tous en même temps. Qui plus est, le mode de scrutin uninominal à 1 tour, jumelé au fait que le gagnant est déterminé par le nombre de circonscriptions gagnées fait que ce détail prend encore plus d’importance tout autre.  A l’ère des médias sociaux, tout citoyen utilisant ces derniers est donc, comme la radio ou la télé, concerné par cette interdiction. En 2000, un blogueur avait été condamné à une amende de 1000$ pour avoir divulgué les résultats avant la fin du crépuscule médiatique. Depuis, les horaires de votation ont été aménagées pour diminuer la durée mais il n’empêche que Élections Canada (DISCLAIMER: l’auteur de ces lignes a été consultant pour cet organisme) a réitéré : toute divulgation peut être passible d’une amende pouvant aller jusqu’à 25 000$. Sans toutefois mettre en place de moyens de surveillance.  Il n’en fallait pas moins pour inciter les microbloggers, en 2011, à contourner la loi : plusieurs ont parlé de censure, bien qu’elle n’ait durée que quelques heures. Un mouvement était en marche… (on a les révolutions qu’on peut!)

No tweets allowed

source image:  http://www.flickr.com/photos/andrewjbrown

Un site a été mis en ligne (http://tweettheresults.ca/) afin d’inciter les internautes à contourner la loi explicitement. Si le site a finalement été mis hors ligne durant les quelques heures du « blackout » médiatique, l’idée était lancée et rien n’allait arrêter les citoyens qui voulaient diffuser les informations, par ailleurs disponibles dans certains médias locaux. C’est ainsi que, dès 19h (1h du matin en France), les premiers tweets contenant le hashtag #tweettheresults ont commencé à apparaître (au Québec, on dit maintenant mot-clic). Si j’ai commencé à suivre ce flux purement pour voir si les gens allaient ou non l’utiliser et (un peu) pour pouvoir prendre le pouls des premiers résultats, j’ai vite constaté que le flux était incroyable dense et que, clairement, il se passait quelque chose D’un côté, des rigolos qui faisaient des blagues, des bribes de résultats (très) fragmentaires et de l’autre, un phénomène plus intéressant, des américains, britanniques et australiens qui s’offraient pour retweeter impunément les résultats, au nom de la liberté d’expression.

Rapidement, un tweet a fait sensation auprès des usagers de Twitter, au point d’être retweeté plus de 600 fois:

http://www.ogilvy-pr.fr/wp-content/uploads/2011/05/Tweettheresults_censored1.png

Évidemment,personne d’autre que l’auteur n’avait noirci les résultats et, étant situé à Vancouver, il n’avait certainement pas les bons. Néanmoins, le ton était donné et, le mot-clic allait rapidement devenir un trend national puis mondial (le jour de la mort d’Oussama Ben Laden, il fallait quand même le faire!). Soudainement, le monde découvrait qu’une élection au Canada allait changer la face du pays et que sa population contournait une loi à grande échelle. Trait d’humour que seul tumblr peut générer (merci à Alex Hervaud pour la trouvaille)

http://www.ogilvy-pr.fr/wp-content/uploads/2011/05/tumblr_lkl0fdlAa21qe5h74o1_500-200x300.jpg

Pour mieux suivre l’historique de cette mini révolution canadienne, je vous laisse consulter ce fil Storify:

[View the story « The Great Canadian ‘Tweet-in' » on Storify]

J’ai parlé dans mon précédent billet de l’utilisation un peu limitée des partis et candidats durant cette élection.  Ni plus ni moins qu’un « glorified RSS feed », il est finalement devenu un vrai mode d’expression pour une part de plus en plus grande de citoyens. Ces derniers se sont exprimés tout au long de la campagne mais pas nécessairement pour parler de l’agenda prescrit par les partis ou les médias, comme le souligne avec justesse Michelle Blanc, en entrevue au journal le Soleil.

Incapable de dormir la nuit du 2 au 3 mai, j’ai eu du mal à suivre les conversations, tellement nombreuses. Bien sûr, ce n’est rien comparé au mariage royal ou à l’annonce de la mort de Ben Laden, mais qu’un pays de 26 millions d’habitants, dont seulement 200 000 possèdent un compte Twitter (actifs ou non), puisse générer ce volume de tweets sur une période relativement courte est hautement symbolique. Le tableau ci-dessous montre bien que ce ne sont pas les candidats qui ont parlé (283 tweets par 292 candidats) mais des individus, en leur nom, sur des enjeux citoyens. Le niveau de RT (retweet) élevé (plus de 50%) montre que c’est encore une minorité qui parle. Mais cette analyse ne tenant compte que des mots-clics relatifs à l’élection, il y a fort à parier que des conversations ont été mises de côté. Pour en avoir vu plusieurs moi-même, je crois que le volume réel est largement sous-estimé.http://www.ogilvy-pr.fr/wp-content/uploads/2011/05/tweets_elections_day_20111.jpgSource : http://politwitter.ca/page/election_results

Cette première soirée électorale purement sociale (au sens large du terme) soulève de vrais enjeux et ouvre à de belles perspectives:

  • museler les citoyens ne marche pas. Le Printemps arabe en est une preuve, cette élection (à son échelle) en est une autre. Les lois électorales doivent s’adapter à ces nouvelles donnes, que ce soit au Canada, aux USA (2 pays avec des contraintes géographiques similaires), en France ou ailleurs. Dès lors qu’une information existe, il est carrément impossible de l’empêcher de circuler.
  • les citoyens ont clairement démontré leur intérêt envers les médias sociaux et les résultats électoraux. Si le taux de participation a été légèrement en hausse (de 58% à 61%), le taux d’expression a été décuplé. Cela se concrétisera-t-il par des actions citoyennes ? Les nombreuses campagnes officieuses d’appel au vote n’ont pas semblé obtenir un si grand écho après tout…
  • les nouveaux élus, si ce n’est déjà fait, doivent comprendre que les médias sociaux permettent l’échange, la conversation, le relai et une écoute en temps réel des aspirations des citoyens. Le temps des campagnes menées uniquement à coup de communiqués de presse et de visites dans les soupers paroissiaux est terminé. Ce ne sont plus les seuls outils. Les outils du web permettent une interaction, un travail en dentelle que je n’ai vu nulle part durant cette campagne.

En 2008, année de l’élection d’Obama et de la dernière élection canadienne, on avait souligné à quel point le web jouerait plus que jamais un grand rôle. A voir comment les partis canadiens l’ont utilisé en 2011, il y a encore un très grand pas à faire pour arriver au niveau d’excellence atteint par l’équipe de Blue State Digital aux USA. Le prochain grand rendez-vous électoral sera français, en 2012, avec la Présidentielle. Là encore, les stratégies seront scrutées à la loupe et devront être à la hauteur….  Vous pensez qu’ils y parviendront, cette fois ?