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It’s not Facebook official, so it doesn’t exist.

Question : Quelle est l’une des premières choses à renseigner pour s’inscrire sur Facebook ?

Réponse : votre « situation amoureuse ». Un champ qui peut paraître anodin mais qui n’est pas étranger au succès du Facebook des premiers âges et qui a déclenché bien des discussions compliquées avec l’être aimé : « Grand dieu mon coeur, pourquoi n’es-tu pas prêt à crier la splendeur de notre amour à l’ensemble de ta communauté ??? » Qui êtes-vous ? Jusqu’où avez-vous envie de crier votre amour pour quelqu’un ? Pour quoi faire ? Cela vous rassure-t-il ? Souhaitez-vous vraiment qu’un site possède une information de plus sur vous, qui plus est, sur votre vie privée ? Est-ce vraiment important de se coller une étiquette de plus ? Le « statut amoureux » déclenche plein de questions et Facebook a décidé d’enrichir la fonctionnalité en ajoutant aux désormais classiques « en couple », « fiancé(e) », « marié(e) », « c’est compliqué » et le petit nouveau « en union civile » (le fameux Pacs). Encore plus de choix, pour que la publicité vous cible mieux et que vous puissiez dire au monde entier que le mariage, c’est vraiment pour bientôt (hihihi).

Aujourd’hui, la moitié des membres du plus gros réseau social au monde affiche leur situation amoureuse. Mais tout ça pour quoi au juste ? A quoi ça sert d’indiquer ce genre de chose à part à se compliquer encore un peu plus la vie en cas de rupture avec ce douloureux « no longer in relationship » gravé dans le mur ? A en croire Ilana Gershon, chercheuse en communication et anthropologie,  la chose n’est pas si futile que ça et serait même un peu rétrograde: Facebook nous ramène aux années 50 lorsqu’une série de vêtements ou de petits bijoux signifiaient au monde notre « disponibilité sentimentalosexuelle ».

Une dimension « Facebook official » que décrit parfaitement Julian Smith dans sa vidéo « 25 things I hate about Facebook » (3’’40’)


Pourquoi officialiser la relation sur un réseau social est-il devenu si important ?
Le terme « Facebook official » est désormais rentré dans le langage courant. On doit dire si l’on est en couple ou pas, pour officialiser la chose. C’est devenu une règle et si on ne la suit pas, nous devenons suspects, voire directement coupables de haute trahison envers son/sa partenaire. Avant, nous officialisions la relation avec les parents, les amis, mais notre mode de vie a évolué et désormais le réseau donne son accord. En quelques clics tout le monde est au courant.

Mais Facebook est-il réellement le seul problème ? En réalité, les réseaux sociaux ont accéléré notre rapport à la relation. Aujourd’hui tout se passe plus vite et « presque » plus simplement. Les sites de rencontres pullulent et les méthodes traditionnelles se perdent, nous devenons de plus en plus friands de belles histoires, plutôt que du « Sur Meetic », ou « Sur Twitter » (ces sites ne dévalorisent en rien la valeur de la relation entendons-nous bien). Par exemple, lors des fameux apéritweets, deux twittos sont aperçus main dans la main à se faire des bisous. Les regards se penchent vers eux, le bouche à oreille s’accélère jusqu’à ce que quelqu’un vienne les voir et leur demande où ils se sont rencontrés. La réponse : « A un vernissage » ou « A un dîner » déclenche en règle générale la réaction suivante

Les réseaux sociaux ont-ils à ce point changé notre regard sur l’autre ? Pas nécessairement, et la réaction décrite affecte probablement seulement les personnes du microcosme Twitter, mais elle est symptomatique d’une tendance de plus en plus forte : les rencontres IRL deviennent de plus en plus des événements isolés et dans nos grandes villes où tout s’aseptise, avoir une vraie relation devient difficile. Une rencontre simple apparaît comme « un éclair dans une bouteille ». Cette constatation n’est  en rien défaitiste, elle est en quelque sorte le reflet d’un mouvement perpétuel : nous changeons vite, nous prenons de moins en moins de temps pour nous poser et réfléchir à ce que nous voulons faire, nous entrons progressivement dans une logique d’épiphénomène où les réactions des gens sont de plus en plus fortes et « violentes » car non réfléchies. Nous « mettons à jour », « twittons l’instant », « réagissons à chaud », « écrivons des posts » ou des « billets d’humeur », et sommes constamment en train de courir après l’info.

Depuis peu, Ross Gardiner, professeur d’anglais en Corée du Sud, clame à qui veut l’entendre « You need to get off Facebook » en s’appuyant sur les abus,  de langage ou de situations, que nous faisons au quotidien.

Loin de dire que nous devons nous retirer de Facebook, il est surement important d’avoir une meilleure connaissance pour un meilleur usage. Ross Gardiner marque un point lorsqu’il dit que nous avons en réalité 4 amis et que ce sont ces 4 personnes, qui nous sont chères, qui plutôt que de laisser un commentaire en-dessous de notre nouvelle situation amoureuse, vont simplement prendre leur téléphone et nous appeler pour savoir comment nous allons.