L'auteur

Elodie intègre Ogilvy PR en tant que consultante en septembre 2005. Elle participe au développement de stratégies de communication pour le compte de clients internationaux, plus particulièrement en relations presse. Elle est en charge des relations publiques d’entreprises telles que BNP Paribas Lease Group, GE Money Bank ou FM Global.
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Attention où vous cliquez, vous risquez d’être attaqué. Par qui ? Par quoi ? Difficile à déterminer, mais selon l’expression de Nicolas Sarkozy, le web doit passer du « Far Ouest high-tech » à l’ère de « l’Internet civilisé ». Lors de ses vœux au monde de l’éducation et de la culture, le président français déclare: « Nous allons mettre sur la table une question centrale, celle de l’Internet civilisé, je ne dis pas de l’Internet régulé, je dis de l’Internet civilisé ».
Quelle différence entre un Internet régulé et un Internet civilisé ? Réguler implique simplement le contrôle  de l’évolution d’un phénomène. Civiliser signifie orienter un mouvement afin qu’il se conforme aux règles de vie en société. Principe protéiforme, par définition en perpétuelle évolution, le savoir-vivre en société invoque des principes moraux pour définir ce qui est répréhensible de ce qui ne l’est pas.

Il est donc assez difficile de trouver une définition à « l’Internet civilisé », alors qu’il est très facile de l’invoquer dès que l’on n’accepte pas certains usages qui en sont fait. L’expression a donc été utilisée indistinctement par Frédéric Mitterand qui estime qu’avec Hadopi  « Il ne s’agit pas de « surveiller et punir » mais de contrôler et de garantir, en d’autres termes de « civiliser » Internet » et par Eric Besson qui juge que « WikiLeaks n’a pas de place dans l’Internet civilisé que nous devons construire ».

Pourquoi utiliser une valeur morale pour légitimer le contrôle d’Internet ? Peut-être parce que les hommes politiques perçoivent qu’internet propage des principes qui vont à l’encontre du fonctionnement de nos institutions et plus largement des schémas structurants la vie en collectivité. L’analyse de Serge Soudoplatoff, éminence grise et grand vulgarisateur des usages d’Internet, sur les ruptures engendrées par internet permet de mieux comprendre cette opposition.

  1. Il n’y a pas de chef sur Internet. Le réseau mondial a été construit et décidé par un ensemble de passionnés sans qu’il y ait de décideur principal. Insulte suprême au système jacobiniste français, internet fonctionne sans hiérarchie.
  2. La valeur n’est pas déterminée par la rareté mais au contraire par l’échange. C’est la magie du bien immatériel. Avant, quand j’avais un invité de plus, je réduisais chaque part du gâteau. Aujourd’hui, tel Jésus aux Noces de Cana, lorsque je partage, je démultiplie.
  3. Le réseau Internet favorise les relations horizontales. Ma voix vaut autant que des millions d’autres et le conseil le plus avisé ne viendra pas nécessairement de l’expert désigné par une autorité mais par celui reconnu par la communauté.

Autant de révolutions qui viennent ébranler le monde de nos dirigeants, qu’ils soient à la tête d’une entreprise ou d’un parti. Accepter les ruptures d’Internet, c’est remettre en cause tout un héritage politique construit sur un champs de têtes coupées. L’esprit fondateur d’Internet est trop éloigné de l’autre Révolution, bien française cette fois.  Mais de cette même Révolution naquit la république moderne, à croire que nos dirigeants oublient que c’est parfois des univers les moins civilisés que naissent les plus belles choses.

illustration réalisée par loppsilol