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Et si on jouait l’opinion ?

Et si l’ultime ressort pour faire bouger la loi était de jouer l’opinion publique?

C’est la stratégie à laquelle Michel-Edouard Leclerc s’essaie depuis plusieurs mois pour remettre en cause un des piliers de notre système de santé : le monopole de la distribution de médicaments par les officines pharmaceutiques. Exception française qui interdit qu’une boite de « Doliprane » soit vendue ailleurs que chez les « professionnels de la santé ».

Que ce combat soit justifié ou non, pour les professionnels des affaires publiques, le cas Leclerc témoigne d’une évolution profonde des techniques de lobbying en France, comparables aux pratiques Outre-atlantique.

La stratégie repose sur un constat simple : la loi détermine si les médicaments sans ordonnance peuvent être vendus en grande surface. Or, la loi est votée par des parlementaires, parlementaires élus par les Français. Pour faire évoluer une législation, autant sensibiliser directement l’opinion publique, créer un besoin et jouer l’opinion pour faire changer le cadre législatif. C’est simple, cela peut être très efficace, encore faut-il que l’entreprise ait les moyens de mener une grande campagne de sensibilisation. Charge à elle d’endosser le rôle de trublion …

En l’occurrence, le groupe E.Leclerc, avec ses 30 milliards d’euros de chiffre d’affaires, peut se permettre une opération « commando ». D’autant plus que l’image de « va-t-en-guerre » du groupe Leclerc et de son président est sciemment entretenue depuis des années.

Avec sa signature « E.Leclerc demande que ses docteurs en pharmacie puissent vendre les médicaments non remboursés à prix E.Leclerc », le groupe tape là où les Français ont le plus mal aujourd’hui, à leur pouvoir d’achat. Cet appel à la concurrence dans la distribution du médicament a suscité des réactions violentes jusqu’à ce que la campagne soit sanctionnée par le tribunal de grande instance de Colmar pour « publicité volontairement agressive et déloyale », « pratique commerciale déloyale » et que le groupe soit condamné à supprimer la diffusion des spots.

Gros coup de pub pour certains. Peut-être. Mais surtout provocation d’un débat qui a obligé le lobby des pharmaciens à sortir du gué en réagissant avec une réponse tout aussi saisissante pour l’opinion : « Tombez malade aujourd’hui, demain ce sera peut-être trop tard ». Autant dire que la bataille de l’opinion ne fait que commencer !